• 09 mars 2022 > 11 mars 2022
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Annabel AUDUREAU et Nathalie DUFAYET, enseignantes en Lettres et membres associées au CRHIA - La Rochelle Université, vous invitent au colloque organisé par l'Association PCAoF (Popular Culture Association of France) qui porte sur le thème :

Cultures populaires et politique

Présentation :

La première partie du colloque « Cultures populaires et politique », qui a eu lieu en décembre 2019 à La Rochelle Université, cherchait à révéler, à questionner et à étudier les liens entre la politique et les cultures populaires. Il apparaissait en effet intéressant d’interroger ce champ de recherches encore peu étudié en France, croisant deux sphères parfois contradictoires et conflictuelles. Cette manifestation a été l’occasion de la fondation de l’association « Popular Culture Association of France » (PCAoF) et de la création de la revue affiliée Mobilis in Mobile qui présentera les textes issus de ce premier colloque prochainement. 

Pour cause de grève, la conférence n’ayant pu accueillir tous les intervenants initialement prévus, nous vous proposons de prolonger les réflexions alors entamées avec un deuxième colloque reprenant la même thématique. Cet événement est prévu à La Rochelle Université du 9 au 11 mars 2022.  

Si les cultures populaires se sont depuis longtemps emparées du thème de la politique, déclinant de nombreux supports d’expression comme le dessin humoristique, la chanson et les récits fictionnels, qui constituent de véritables miroirs déformants aptes à questionner les modes de gouvernance et le rôle du champ politique dans ses interactions avec d’autres pouvoirs - économiques, militaires et, bien entendu médiatiques avec le développement de la presse -, l’inverse est aussi vrai depuis bien longtemps. Walter Benjamin met ainsi en relation la politique et la culture de masse dans son ouvrage L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1955). Il y souligne les risques de la médiatisation de la politique dans les dictatures, notamment le fascisme et le nazisme, à travers le culte de l’image et la propagande, favorisés par les nouveaux médias de l’époque. Guy Debord, en 1967, prolonge cette critique dans La Société du spectacle. La perte de l’aura, de l’authenticité y devient totale : tout est désormais spectacle dans la société des mass media. Dans L’Homme unidimensionnel (1964), Herbert Marcuse renforce ce constat pessimiste de manipulation des masses dans les sociétés modernes par le truchement des médias de masse. Aucun régime n’y échappe selon lui : ni capitalisme, ni communisme...

L’entrée dans l’ère du numérique et des réseaux sociaux a accéléré et mis en exergue l’utilisation des cultures populaires dans la conquête et l’exercice du pouvoir. Le « populisme » (et nous mettons le terme entre parenthèses) rejoint ici le populaire… Twitter est ainsi devenu le canal de communication favori de, entre autres, l’ancien président d’une des premières puissances mondiales. En utilisant un des réseaux sociaux mainstream, Donald Trump prolonge ainsi une accointance antérieure avec la culture populaire. De « concepteur » à travers ses reality shows, il s’est mué en « utilisateur » mais aussi en « personnage » et caricature de la culture de masse. Les fameuses fake news sont devenues en peu de temps un moyen très efficace de manipulation des foules tant il est difficile d’effacer ces rumeurs des temps modernes comme on a pu l’observer lors des campagnes présidentielles récentes. De médiatique, la culture populaire est devenue médium en politique. Jadis méprisée parce que liée aux masses, elle est, surtout depuis le développement d’internet, un passage obligé pour gagner la confiance du public et/ou ses voix, un référentiel commun entre le plébéien et son électorat, où les séries deviennent les nouvelles illustrations et/ou armes d’enjeux et de dénonciations politiques voire géopolitiques à l’instar de Tchernobyl1, House of Cards2, Baron noir3, Borgen4 ou The Salisbury poisoning5. 

La porosité entre la politique et les cultures populaires s’illustre aussi pleinement dans la fécondation du réel par des symboles contestataires issus de la « culture pop ». Le masque que porte l’anarchiste dans V for Vendetta6 est à l’effigie de Guy Fawkes, un opposant historique au régime politique anglais lié à la conspiration des poudres de 1605 à Londres. Médiatisé par le film de James McTeigue7, sorti en 2006, il est ensuite rendu au réel et, paradoxalement, à la contestation politique et sociale par les Anonymous et l’Occupy Movement8 à Wall Street (2011). La chanson italienne du partisan “Bella Ciao” est, quant à elle, remise au goût du jour par la série La Casa de papel9 qui considère ses personnages comme des résistants au système.

Aussi, les liens entre cultures populaires et politique ne se cantonnent pas aux représentations dans la fiction, les champs d’expression de la culture de masse sont multiples et justifient le pluriel qui lui est associé. Le sport en général et le football en particulier constituent ainsi un exemple associant culture populaire et enjeu politico-économique. De même, le Super Bowl aux États-Unis montre aussi les multiples facettes d’une pratique culturelle qui conjugue enjeux économiques, politiques, médiatiques, culturels, et sportifs.