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  • Le 25 janvier 2022
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C'est avec beaucoup de tristesse que nous vous annonçons le décès de Jeannine Boëldieu-Trevet, qui nous a quittés le jeudi 20 janvier 2022.

Jeannine Boëldieu-Trevet était agrégée d’histoire, docteure en Histoire de l’Antiquité et chercheure associée au CRHIA (Centre de Recherches en Histoire Atlantique, EA 1163, Université de Nantes). Tout en menant une carrière dans l'enseignement secondaire en classes préparatoires au Mans, notamment au Lycée Montesquieu, elle avait préparé une thèse de doctorat sur « L'exercice et l'art du commandement dans la guerre du Péloponnèse » qu'elle avait soutenue en 1997 à l'université de Rennes 2 sous la direction du professeur Yvon Garlan. Ce dernier avait ouvert en France, à la suite d'André Aymard, la voie de la polémologie en Grèce ancienne. Par ses travaux, Jeannine Boëldieu-Trevet a contribué à développer et à nourrir considérablement ce champ d'étude, s'inscrivant ainsi dans les traces de son maître dont elle revendiquait haut et fort l'héritage et avec lequel elle est restée liée jusqu'à la fin.

Sa thèse a été publiée sous le titre Commander dans le monde grec au Ve siècle avant notre ère aux Presses universitaires de Franche-Comté, à Besançon en 2007. Elle a en effet toujours maintenu une activité scientifique soutenue. Ces dernières années, elle était une participante active des séminaires d’I. Pimouguet-Pedarros du CRHIA ou de celui d’E. Lévy (« Le vocabulaire politique en Grèce ancienne ») à l’ENS-Ulm. Seule ou en collaboration, elle a publié divers articles et contributions à des Tables rondes ou Colloques sur le commandement, la guerre de siège, les violences, sauvageries et actes intolérables, les rapports entre guerre, société et pouvoir. Elle a aussi travaillé sur l’œuvre d’Hérodote (Lire Hérodote, en collaboration avec Daphné Gondicas, Rosny-sous-Bois, Bréal, 2005), celles de Xénophon et d’Énée le Tacticien, car Jeannine Boëldieu-Trevet était aussi une helléniste avertie, très attachée à la traduction et à l'analyse des textes grecs.

C’est bien logiquement que l’équipe Parabainô fit appel à son expertise. On ne citera ici que quelques articles fondateurs du projet :

  • “Platées trois fois châtiée (480, 429-27, 373 av. n. e.), dans J.-P. Guilhembet, P. Gilli (éds.), Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens de l’Antiquité à la Révolution française, Colloque international de Montpellier, 11-13, juin 2009, Turnhout, Brepols. 2012, p.35-48.
  •  “L’intolérable en temps de guerre chez les orateurs athéniens du IVe siècle avant notre ère”, Ktèma 38, 2013, p. 231-247.
  • “Le sauvage en soi : violences ‘excessives’ en temps de guerre dans le monde grec (Ve - IVe siècles)”, dans M.- Cl. Charpentier, I. Boehm (éds.), Marges, limites, frontières du sauvage dans l’Antiquité, Colloque international de Besançon, 25-26 octobre 2007, Cahiers des Etudes Anciennes, 2015, p.149-172.

Dans le cadre du programme, outre une son implication dans la base de données et dans les séminaires, Jeannine Boëldieu-Trevet avait publié « Une matrice de la transgression dans le monde occidentale ? Les conquêtes de Crésus et de Cyrus selon Hérodote », N. Barrandon et I. Pimouguet-Pedarros (eds.), La transgression en temps de guerre, de l’Antiquité à nos jours, PUR, Rennes, 2021, p. 31-48, puis « 335 avant notre ère : Thèbes ‘arrachée en un jour du sol de la Grèce’ (Eschine, Contre Ctésiphon, 133) » (disponible sur ce site). Une communication intitulée « Phérétimé de Cyrène : pouvoir, guerre, genre et violences extrêmes », prononcée le 27 mai 2021 est en cours de publication dans la revue HIMA. Il y a encore quelques mois elle écrivait de nouvelles études de cas pour le programme.

Ces quelques exemples montrent, s’il le fallait, combien Jeannine Boëldieu-Trevet était une éminente spécialiste de la guerre en Grèce antique. Tout son travail reflète aussi une personnalité que nous regrettons déjà. Sa très grande rigueur scientifique et son savoir savant n’ont répondu à d’autres ambitions que d’approfondir la connaissance historique de peuples, d’une langue, d’un territoire qui lui étaient chers, les Grecs, le grec et la Grèce. Au-delà, c’est bien l’humanisme qui guidait ses recherches. C'était une collègue avec laquelle il nous plaisait de travailler ; une collègue dont on retiendra la force et l'ouverture intellectuelles, l'implication dans les projets collectifs. C'était aussi et avant tout une amie, enthousiaste, joyeuse et fidèle avec laquelle nous échangions beaucoup. Elle va beaucoup nous manquer. Nous pensons aujourd'hui plus particulièrement à sa famille, son époux, ses enfants et petits-enfants qui étaient si chers à son cœur.